Trésor d'archives N°3
Le rationnement à Saint-Amand Sur Sèvre en 1940.
Le rationnement permet la répartition équitable et l’attribution des denrées dont il est jugé nécessaire de limiter ou règlementer la consommation. Dès 1940, il est nécessaire de rationner la consommation de certaines denrées.
Un ministère du ravitaillement est créé.
Le rationnement s’est mis en place par le biais de cartes d’alimentation, de coupons et de tickets d’approvisionnement.
La carte d’alimentation

Carte d’alimentation d’une habitante de Saint-Amand Sur Sèvre
(AM Saint-Amand Sur Sèvre, 5 H 6)
C’est une sorte de carte d’identité alimentaire. Elle est individuelle. Toutes les personnes résidant en France doivent en avoir une. Excepté les militaires qui reçoivent les vivres en nature.
Chaque habitant a rempli une fiche de demande. Le maire établi ensuite la carte d’alimentation qu’il remet au consommateur. Il inscrit ensuite sur le registre des cartes de la commune tous les consommateurs par ordre de numéros.
La carte d’alimentation est donc délivrée à chaque habitant.
Sur la carte d’alimentation on retrouvait :
- l’identité et le domicile de la personne : Mme Augustine Hulin demeurant au village du Cou à saint-Amand Sur Sèvre.
- la date de la délivrance : le 31 mai 1940
- le cachet de la mairie et la signature du maire : En 1940, le maire de Saint-Amand est le Dr Gustave Daudon (maire de Saint-Amand de 1922 à 1950)
- le numéro d’ordre de la carte. Mme Augustine Hulin est enregistré sous le n°360 dans le registre de délivrance des cartes d’alimentation de la commune.
- la catégorie de consommateur : en tant que cultivatrice Mme Hulin est classée en catégorie C.
Une répartition par catégories de consommateurs
La population française était partagée en 8 catégories et les rations alimentaires variaient selon les catégories :
E : Enfants de 0 à 3 ans
J1 : Enfants de 3 à 6 ans
J2 : Enfants de 6 à 12 ans
J3 : Jeunes de 13 à 21 ans
A : Adultes de 21 à 70 ans
T : Adultes de 21 à 70 ans travailleurs de forces
C : Adultes de 21 ans à 70 ans se livrant à des travaux agricoles.
V : Personnes de plus de 70 ans.
Classement en catégorie T
Une liste des travaux permettant d’être classé en catégorie T est établie.
Ex : ouvriers qui travaillaient dans les mines et carrières, métiers de la métallurgie, bûcherons, maçons, tailleur de pierre, forgeron…
Pour être classé en catégorie T, il fallait fournir un certificat de l’employeur.
Il existait également un supplément pour les femmes enceintes.
Fraude sur la délivrance et l’utilisation des cartes d’alimentation : Puni jusqu’à 2000 francs d’amendes et jusqu’à 2 mois d’emprisonnement
Etablissement de faux titres d’alimentation : puni jusqu’à 10 000 francs d’amendes et de 2 à 5 ans de prisons.
A l’intérieur de la carte d’alimentation, chaque consommateur collait ses feuilles de coupons qu’il recevait de la mairie.
La carte d’alimentation pouvait être utilisée comme pièce d’identité. Un emplacement à l’intérieur de la carte était donc réservé pour ajouter la photographie et la légalisation de signature.
Les feuilles de coupons et tickets d’approvisionnement
Les feuilles de coupons

Feuille de coupons (1940). (AM Saint-Amand, 5 H 6).
Les habitants recevaient des feuilles de coupons qu’ils collaient à l’intérieur de leur carte d’alimentation. Les feuilles de coupons permettaient d’obtenir :
- soit directement auprès des commerçants les denrées qui sont approvisionnés au mois (sucre, café, pâtes, riz…).
- soit auprès de la mairie des feuilles de tickets pour les denrées approvisionnés au jour le jour (pain, viande, fromage, beurre...).
Chaque coupon correspondait à une quantité déterminée de denrée ou de feuilles de tickets qui était fixé chaque mois par le ministère du ravitaillement.
Les feuilles de tickets :

Tickets de rationnement pour la viande ou la charcuterie (1940) (AM Saint-Amand, 5 H 8).
Sur chaque feuille de tickets était précisé :
- la denrée approvisionnée : viande ou charcuterie
- la période de validité : du 18 novembre 1940 au 31 décembre 1940
- la catégorie du consommateur : A = adultes de 21 à 70 ans
- la ration (en grammes) : 90 grammes
Le maire devait reporter également sur la feuille de tickets le numéro de la carte d’alimentation de la personne à qui il délivrait les tickets : n° 649
Les tickets permettent d’obtenir auprès des commerçants les denrées à approvisionnement journalier : pain, viande, fromage, beurre.
Il faut préciser que ces tickets n'exonéraient pas les citoyens de payer les produits en espèces sonnantes et trébuchantes. Le rationnement permettait uniquement de répartir équitablement les denrées alimentaires.
Les rations
La ration alimentaire variait selon les catégories.
Par exemple en mars 1942 :
- Pain : entre 100 et 350g/jour.
- Viande : 250 g par semaine.
- Fromage : 50 g par semaine.
- Beurre : 350 g par mois (par ticket de 5 g).
- Sucre : 500g par mois (catégorie E : 1000g).
- Riz : catégorie E : 300g par mois ; catégories J1, J2, V : 200g par mois
- Chocolat : catégories E, J1, V : 125g par mois ; catégories J2 et J3 : 250g par mois.
Le lait était réservé aux catégories E, J et V
Le vin était réservé à la catégorie T.
Avec un tel rationnement, la nourriture d’un homme ne dépasse pas 1200 calories/ jour alors qu’il est admis généralement qu’il en faut 2400 !
La ration journalière d’un enfant de la catégorie J2 en mars 1942
- 275g de pain
- 35 g de viande
- 17g de sucre
- 7g de fromage
- 11g de matière grasse
Marché noir
A partir de 1943, même si les campagnes souffrent moins que les villes, le rationnement est rendu de plus en plus difficile. Il faut se débrouiller pour survivre. Le marché noir (marché parallèle) se développe de plus en plus.
Jusqu’à quand ?
Enfin, l’armistice est signé le 8 mai 1945, mais le rationnement va continuer. Pour le pain le système de ticket va durer jusqu’en 1949.